Une recette pour croquer des personnages
Publié le 11 juin 2010
Cette semaine, je me suis consacré au synopsis du tome 2 de l’Archipel des Nuées. Pour l’instant, je n’ai qu’un tas de scènes consignées sur des fiches – certaines sont détaillées, certaines ne sont qu’un mot évocateur, genre « abordage ». Scoop ! Il y aura un abordage dans ce deuxième livre. Un gros, pour compenser le fait qu’il n’y en ait pas eu un seul dans le tome 1. Zut, j’aurais du me taire. Maintenant vous n’allez pas vouloir l’acheter. Mais je digresse.
Grèce. Hum.
Or donc, ledit synopsis se divise en deux parties. Un des héros va vivre sa vie au loin, en compagnie de nouveaux personnages. Je suis pas mal dans le flou pour cette partie de l’histoire – non seulement parce que ça se passe dans un endroit que je n’ai pas encore décrit, mais aussi parce que je ne sais pas vraiment qui sont les protagonistes. Je connais leur nom et leur métier et leur couleur préférée, mais je manque de détails. Si je veux savoir comment ils se comporteront quand je les mettrai dans la mouise, j’ai besoin de les explorer bien plus profondément que ça.
Dans ces cas-là, je sors mon matériel et je me mets aux fourneaux ( je suis sûr que vous vous attendiez à bien pire comme analogie, pas vrai ?). Je rédige un character sketch, un croquis de personnage*.
Les ingrédients sont simples : un clavier, une dizaine de doigts, un logiciel de saisie ou un éditeur de texte (en fonction de vos goûts) et une cervelle bien juteuse. Mélangez vigoureusement, mouillez éventuellement la cervelle avec une boisson caféinée et faites mijoter pendant deux à quatre heures. Si tout se passe bien, vous obtenez une tranche de vie de votre personnage. Ça peut être une journée de sa routine tartinée de quelques souvenirs d’enfance. Ou bien le moment important qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Peu importe. L’important, c’est de saisir la voix du salopiot. Sa manière de pensée, de s’exprimer, ses relations avec le reste du genre humain (ou gobelin, ou alphaducenturien). Moi qui n’aime pas travailler pour rien, j’ai tendance à rapprocher mes croquis autant que je le peux de mon synopsis. On sait jamais, j’arriverai peut-être à gonfler ma progression future en en glissant quelques paragraphes dans le premier jet.
J’ai sans doute déjà parlé de ça sur ces pages ou ailleurs. Mais ce que j’ai découvert ces jours-ci, c’est qu’en croquant les personnages, on croque aussi des lieux, des relations, des atmosphère. Je me demande bien si à l’avenir je ne vais pas m’essayer à écrire des morceaux d’ambiance, sans point de vue particulier. Ou juste en prenant celui d’un passant.
En bref, je recommande la pratique du croque-perso. Ça aère les neurones. Pendant la phase préparatoire d’un roman, on théorise beaucoup. On pense enjeux, rythme, dramaturgie. On est le prince qui dirige la cité depuis sa tour d’ivoire. Se consacrer à un personnage, c’est comme une plongée vertigineuse dans les venelles et les marchés. On côtoie ses sujets grands comme petits, et on a une bien meilleure idée de ce qu’ils veulent. Une telle équipée est nécessaire pour reprendre contact avec son travail et se dégourdir les muscles de l’écriture. Et vous, est-ce quelque chose que vous pratiquez sous une forme ou une autre ?
* Si quelqu’un sait quel est le terme français précis pour character sketch, ça m’intéresse.
7 réactions sur Une recette pour croquer des personnages

Vache. Tu vas loin dans l’introspection personnagesque. Je ne pensais pas autant. Ceci dit j’imagine bien comment ça doit rendre l’écriture de certaines scènes plus évidentes…
Moi je structure aussi un gros synopsis et je suis en train de -presque- arriver au bout, sauf que justement je bloque sur deux de mes personnages principaux. Je sais comment fini leur parcours, je sais où ils arrivent. Maintenant je galère à déterminer comment ils commencent
Je pense être passé à côté de l’article, je n’ai compris ni quelle était la recette, ni vraiment ce qu’on y gagnait. Peut être parce que ca me paraît être la base même de l’écriture, enfin surtout l’écriture de scénarios, mais pour le roman je ne vois pas différent. C’est fini les années 70 à la zelazny ou à la dick où tu partais avec 10-20% de l’intrigue et tu voyais ce qui arrive…
Plus sérieusement, ca me fait penser à deux choses. En premier lieu, un billet lu ce matin, avec une fiche motivationnelle toute conne mais qui dégrossit quand même (http://www.apathygames.com/2010/06/11/character-wheel-motivations/). Et en second, le bouquin d’Orson Scott Card sur les personnages. Le vieux briscard a la parole simple pour se faire poser les bonnes questions sur un personnage, pas forcément pour le jeu de rôles, mais pour l’écriture oui.
La bonne nouvelle, c’est que le deuxième tome avance…
FX: je me suis relu et en effet, c’est pas super clair. L’idée est d’écrire une scène du point de vue du personnage. Un moment qui le définisse autant que possible, même si ce moment n’est pas inclus dans la trame du roman.
Je savais pas que Card avait écrit un bouquin sur les personnages. Celui sur la fantasy et la SF m’avait bien plu, il faudra que je me le procure.
Quant à la character wheel d’Apathy Games, je t’avoue avoir du mal à rentrer dedans. Je vais laisser la page ouverte et m’y replonger quand ma cervelle sera plus fraîche.
Yno: je sais pas si c’est très poussé comme technique. C’est juste nécessaire et agréable pour moi.
Ton synospsis, c’est un nouveau roman ?
@Eric : à la question « Ton synopsis, c’est un nouveau roman ? », je te répondrais que oui et c’est même le synopsis du sujet dont on a parlé par mail (« tu devrais prendre ça en notes »).
J’ai d’ailleurs en grande partie débloqué le soucis. Je le reprendrais dans quelques temps.
Ah ben oui. Suis-je con =)
Content d’apprendre que ça phosphore et que ça produit en tout cas.
Pour le bouquin, il s’appelle « Personnages et point de vue », chez Bragelonne. Par contre moi je n’ai pas encore lu « Comment écrire de la fantasy et de la SF »
Dans la plupart des méthodes que tu proposes, il y a cet aspect d’introspection par le personnage, le faire parler et le faire vivre pour voir ce qu’il va dire. Est-ce que ce processus ne dérive pas vers des personnages qui sont pour le coup tous issus de imaginaire intérieur et que les personnages « créés de toute pièce », qu’on appelle aussi rôle de composition, sont écartés ? Je suis en train de lire un roman d’une romancière qui fait aussi du scénario télé, et à chacun de ses romans, je suis au départ un peu gêné par une mise en place très mentale, des descriptions qui me paraissaient parfois un peu scolaires, et à chaque fois y’a un moment où je bascule et je rentre dans le bouquin parce que la sauce prend quand même. au contraire, on voit passer les réflexions sur le monde, les ficelles pour en apprendre sur tel ou tel personnage, mais ca ne choque pas. Tout ca pour voir si ton processus créatif tient plus à poser ses tripes sur le papier ou au contraire, organiser son théâtre de marionnettes avec minutie.
Pour Apathy Games, c’est moins la wheel que la feuille de personnage qui l’accompagne que je trouvais intéressante à remplir, y’a des questions un peu cul cul (les première fois), mais pour répondre à tout, on est forcés de faire remonter des idées à la surface. Ceci dit, l’exercice est hors-sujet par rapport au tien
Je sais pas où se trouve la frontière entre les tripes et les marionnettes, honnêtement. C’est pas parce qu’on s’immerge dans l’écriture qu’on est pas capable de programmer les réactions et les sentiments d’un personnage. Et à l’inverse, planifier et codifier ses protagonistes ne met pas à l’abri des implants inconscients.
C’est une histoire de dosage et surtout, de sensibilité personnelle. Tant qu’on crée des persos crédibles et attachants, peu importe le flacon je suppose =)