Prise de tête d’écrivain ou branlette d’égo ?
Publié le 16 décembre 2009
J’ai tout un tas de soucis avec le milieu du roman. C’était assez clair dans mon synopsis, mais à l’écriture je me rends compte que je dois faire avancer l’intrigue, ajouter une couche d’exposition, introduire des personnages secondaires utiles pour le troisième acte et m’arrêter un moment sur la psychologie du protagoniste. Tout ça en l’espace de deux chapitres. Inutile de dire que c’est un peu la panique.
Hier, j’ai rempli le chapitre 18 de son quota de mots tout en sachant que je faisais de la daube. Ce matin, j’hésitais entre reprendre ça avec une fin qui donne suffisamment envie de tourner la page ou bien embrayer directement sur la suite. En définitive, j’ai pris mon carnet de notes pour faire le point sur tout ce passage. J’ai séparé les événements et les révélations et j’ai essayé de les recaser dans les scènes initialement prévues. Ça me donne une chronologie qui devrait marcher. Je dis « devrait » parce que j’ai moyennement avancé – j’ai écrit ce post (directement dans le fichier du chapitre, comme un cochon), puis des bouts de dialogue pour la fin du chapitre daubesque.
La scène n’est pas facile du tout, et j’ai un mal de tous les diable à la coucher sur le clavier. Mon héros retrouve son père après cinq ans de séparation lors d’une scène émotionelle qui donne des indications importantes pour plus tard. Et je coince grave. J’angoisse, je piétine et je bois du café. Et soudain, j’en viens à me demander si le stress d’écrire ce passage vient du fait que je n’ai moi-même pas parlé à mon père depuis des années. Se pourrait-il que mon héros cherche à jouer les psychanalystes ?
Hmmm… l’écriture de fantasy comme thérapie, voilà un concept vendeur ! Si vous avez des avis ou des expériences à partager, n’hésitez pas à m’en faire part.
8 réactions sur Prise de tête d’écrivain ou branlette d’égo ?
Pas d’expérience mais une lecture pour plus tard ? Le seul tome de la saga des hommes-dieux de Farmer que j’aie lu, « La Rage D’orc Le Rouge « , est explicitement une expérience psychanalytique.
Non, pas de branlette en vue Capitaine !
Juste que, tu écris là un roman. Tu couches donc sur papier tes tripes, ton passé, et une partie de ta perception du futur. Alors qu’en alignant les signes tu n’es pas sensé faire consciemment l’analyse de ton vécu, tu te retrouves devant un miroir. Un reflet dans lequel tu te plonges corps et âme. Tu ne peux t’en détourner, et tu es immédiatement renvoyé à l’expérience que tu décris ici – ta relation avec ton padre. L’angoisse ne se situe donc pas au niveau de ta capacité à avancer dans ton roman, car ce talent tu l’as, mais davantage vis à vis de ce fantôme qui t’ancre dans ton affect.
Eric, prends autant de café qu’il te faut, angoisse un max si c’est ton carburant, mais simplement rappelle-toi l’organigramme de tes motivations. Ce n’est pas la première fois que tu te laisses entraîner en dehors de tes sentiers d’écriture, et ce ne sera pas la dernière. Tu as peut-être besoin de ça pour te ramener à tes objectifs.
Bon, si ce n’est pas ça, désolé de m’être planté du doigt jusqu’au coude, mais je suis quand même de tout coeur avec toi.
AMTHA c’est pas totalement faux. Pour moi, un auteur va toujours mettre dans son texte des trucs qui le touchent et/ou qu’il vit directement. Même inconsciemment, il va faire ressortir des éléments qui lui prennent les tripes. Et l’aspect « ça me permet d’évacuer des trucs » me semble important. Comme toute forme d’art, l’écriture permet d’exprimer quelque chose. L’élément « thérapie » peut facilement venir du coup ; tu te confies à la feuille blanche (ou à l’écran) plutôt qu’à un psy… Pourquoi pas? Je suis sûr que si on décortique les bouts de textes que j’ai écrits depuis pas mal d’années on peut aussi y trouver ce genre d’éléments personnels, même si je ne suis jamais passé à ton stade d’écriture à plein temps (jaloux que je suis)…
La création comme acte thérapeutique est vieux débat. Que l’on soit pour ou contre cette hypothèse, il est difficile de nier l’implication personnelle dans tout acte créatif. Que ce soit l’écriture, la peinture, la photo, la sculpture… il est un moment donné où l’inspiration demande plus qu’une simple référence visuelle, plus que le simple acte de copier/coller. Et comme toute chose rare et ‘originale’, il faut plonger plus profond pour y déterrer le fragment de poterie qui rendra ta collection exceptionnelle. Plonger les mains dans le marasme, le nez dans le remugle. L’acte troublera les eaux environnantes et on y perdra un peu de ses repères. L’important étant d’y retrouver son chemin…
Peut-être des passages où la technique et ses outils doivent laisser la place au cœur ?
Merci messieurs pour ces commentaires. Vos conseils me font énormément plaisir.
En analysant mon processus d’écriture, je me rends compte que je me projette en effet pas mal dans les sentiments de mon héros. Rien de plus normal sans doute, il faut se servir de son expérience pour rendre son récit plus véridique. Cependant comme pour tout apprentissage, il y a des caps à passer. Je viens de passer le premier, et ça c’est cool.
C’est le fait que tu mettes ton vécu dedans et que tu en ressentes l’intensité qui donnera aussi de l’intensité au lecteur qui lira ce passage, pas forcément parce qu’il aura veçu la même chose, mais parce qu’il saura tirer de son vécu des éléments pour reconstituer celui que tu lui offres.
Bernard Werber dit qu’il n’y a qu’un seul site d’histoire, le récit initiatique. Peut être qu’il a tort, mais peut être pas. C’est pour cela que nous lisons et que nous aimons tant les histoires, elles nous aident à comprendre ce que nous sommes nous mêmes.
Après, la psycho, ca n’aide pas à écrire, après 4 ans de fac et un an et demi de thérapie, j’écris pas un poil mieux des romans. C’est plus l’introspection qui peut aider, et de toi savoir pourquoi la scène est intense pour toi, car il y a tout de même des vécus dans lequel la majorité des lecteurs ne veulent pas se projeter.
Je suis d’accord avec Kido, peut être que la rigueur exemplaire de ton plan de travail bride parfois des passages non formatés qui te paraissent être mauvais, mais qui pourraient faire une bulle de respiration dans ton roman très appréciée de tes lecteurs.
Enfin, si ce n’est pas déjà fait, je peux te conseiller de voir « Deux jours à tuer », avec Albert Dupontel, un vrai film sur le rapport au père absent.
petite correction sur le post d’avant que je n’arrive pas à éditer : un seul type d’histoire, et pas site d’histoire.
Merci beaucoup pour ton point de vue, FX. J’essaierai de trouver ce film.
Sortir du synopsis est un peu effrayant au stade où j’en suis, mais il est clair que ces « bulles » seront peut-être bonnes pour l’histoire. Ca se verra au deuxième jet, j’espère.